Ruwen Ogien, l’auteur des "Concepts de l’éthique", était hier soir sur le plateau de "Ce soir ou jamais"
Au moment où se tiennent les États généraux de la bioéthique, Frédéric TaddéÏ proposait hier soir, dans Ce soir ou jamais, un débat sur les questions soulevées à leur occasion : notamment la question des mères porteuses.
Parmi les invités, Ruwen Ogien, philosophe et auteur dans la collection L’avocat du diable des Concepts de l’éthique, a prôné en la matière la plus grande tolérance. Selon lui, « l’État n’a pas à imposer sa conception du bien ».
"Les concepts de l’éthique" de Ruwen Ogien et Christine Tappolet lu ce mois-ci dans SCIENCES HUMAINES
Dans le numéro du mois de juin du magazine Sciences humaines, actuellement en kiosque, Thomas Lepeltier propose une lecture des Concepts de l’éthique de Ruwen Ogien et Christine Tappolet.
Pour agrandir l’article, cliquer ici.
Ruwen Ogien est directeur de recherches au CNRS. Il s’occupe principalement de philosophie morale et de philosophie des sciences sociales. Il a publié de nombreux ouvrages depuis sa thèse qu’il a préparée sous la direction de Jacques Bouveresse, La Faiblesse de la volonté (PUF, 1993). Les titres qui ont suivi indiquent clairement le goût pour une morale de la liberté qui impose d’y regarder à deux fois avant d’interdire ou d’imposer. On peut citer parmi eux : Le Réalisme moral (PUF, 1999), La Honte est-elle morale ? (Bayard, 2002), ou Penser la pornographie (PUF, 2003).
Christine Tappolet est, quant à elle, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éthique et méta-éthique et professeur titulaire au Département de philosophie de l’Université de Montréal.
Ils ont écrit ensemble Les Concepts de l’éthique qui ont inauguré, en janvier dernier, la collection L’Avocat du Diable. Il s’agit d’un ouvrage de synthèse qui élargit l’arrière-plan des thèses défendues, jusque-là, par Ruwen Ogien mais sans les contester, au contraire, puisque les conclusions du livre vont dans leur sens, à savoir, en somme, une morale fondée sur la liberté de faire ce qu’on veut du moment qu’on ne nuit pas à autrui.
À lire également : l’article de Florian Cova sur le site de Non Fiction
Ruwen Ogien sur France Culture le 15 mai 2009
Vendredi dernier, Ruwen Ogien était l’invité de François Noudelmann dans son émission Les vendredis de la philosophie. Le sujet était « Faut-il moraliser l’art ? »
La question est aujourd’hui plus que jamais d’actualité avec l’interdiction de l’exposition Our body.
Autour de la table, pour débattre, aux côtés de Ruwen Ogien, Paul Ardenne, auteur de l’Extrême. Esthétiques de la limite dépassée, et Carole Talon-Hugon, celui de Goût et dégoût. L’art peut-il tout montrer ?.
Ruwen Ogien, auteur, quant à lui, des Concepts de l’éthique, parus en janvier dernier dans la collection L’Avocat du Diable que dirige Charles Girard, a répondu à la question en ces termes :
« Pour répondre à cette question, il convient, à mon sens, de distinguer la question esthétique de la question politique.
La question esthétique, c’est celle qui consiste à se demander s’il est possible que des objets qui provoquent le dégoût physique (par exemple, des cadavres) soient néanmoins susceptibles de provoquer des sentiments esthétiques, une reconnaissance artistique de la part de ceux qui les regardent. Cette question est une question ancienne qui remonte à Aristote et à laquelle nous n’avons pas vraiment de réponse aujourd’hui.
La question politique est, quant à elle, celle qui consiste à se demander si certaines oeuvres ne portent pas atteintes à des valeurs. Il ne s’agit pas, en ce cas, de provoquer un sentiment de dégoût physique mais de porter atteinte à des valeurs essentielles, comme la dignité humaine. Les exemples qu’on peut donner, ce sont les oeuvres qui portent atteintes, par exemple, à l’image des handicapés.
Dans le premier cas, celui du dégoût, il n’y a, selon moi, aucun problème moral.
Dans le second cas, il peut y avoir problème moral. La question est de savoir si on a cherché à choquer sans intention de nuire ou avec intention de nuire ? S’il y a intention de nuire, on parle de préjudice. Et, s’il n’y a pas intention de nuire, on parle d’offense.
Or, il me semble que, dans le domaine de l’art en général, si l’on choque, c’est toujours sans intention de nuire. C’est pourquoi, je pense que , dans l’art, rien ne justifie une intervention répressive de l’État. Je suis donc pour le plus grand libéralisme en ce domaine. »