Catherine Malabou au chevet des « identités meurtries »

23 décembre 2009 at 14:10 (Bel Aujourd'hui, Catherine Malabou-La chambre du milieu, Philosophie, Presse écrite) (, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , )

Pour Le Monde des Livres, Stéphane Legrand a rencontré la philosophe Catherine Malabou qui publient en même temps trois ouvrages : La Chambre du milieu. De Hegel au neuroscience dans la collection Le Bel Aujourd’hui des Éditions Hermann que dirige Danielle Cohen-Lévinas bien sûr ; mais aussi Changer de différence. Le féminin et la question philosophique aux Éditions Galilée ; et La Grande exclusion. L’urgence sociale, symptôme et thérapeutique, avec Xavier Emmanuelli, aux Éditions Bayard.

Pour Stéphane Legrand, il ne fait pas de doute que ces trois livres n’ont pas été publiés ensemble par hasard tant, pour lui, il évident qu’ils traitent à chacun à leur manière du même problème : les  « identités meurtries » : celles des grands traumatisés, des malades atteints de la maladie d’Alzheimer dans La Chambre du milieu ; celles des femmes (notamment en philosophie) dans Changer de différence ; et celle des victimes de l’exclusion sociale dans La Grande Exclusion.

Extrait du portrait de Catherine Malabou dans Le Mondes des Livres du 18 décembre 2009 :

« Catherine Malabou dira être née en Algérie, avouera être normalienne, évoquera la thèse sur Hegel qu’elle a rédigée sous la direction de Jacques Derrida (…). Pour le reste ?  "Vous savez, élude-t-elle, ma vie n’est pas très intéressante". On se tourne alors vers ses concepts, et à l’évidence cela lui convient mieux. Celui de "plasticité" notamment, qu’elle a justement découvert chez Hegel et n’a cessé d’élaborer depuis, pour en explorer toutes les implications.

La plasticité, c’est l’aptitude à maintenir une identité tout en évoluant, en muant, en se transformant au contact de l’environnement et selon les aléas des circonstances. En neurologie, la plasticité cérébrale désigne la capacité qu’ont les synapses de moduler leur fonctionnement sous l’effet de l’expérience, donc de l’apprentissage, ce qui signifie que le cerveau n’est pas "rigide", mais évolutif, ouvert, en transformation constante.

Elle raconte en souriant que cette orientation décisive de son travail s’est dessinée initialement par un hasard : "J’étais tombée sur un numéro de La Recherche qui portait sur la mémoire, et dont l’un des articles évoquait la plasticité neuronale. Je me suis rendue compte que c’était exactement cela que je travaillais chez Hegel."

Ce qui l’a intéressé dans cette rencontre fortuite, c’était d’y trouver "la traduction d’un concept dans les choses-mêmes", l’incarnation imprévue d’un pur objet de pensée dans un problème concret. Et c’est dans cette optique qu’elle a mené de nombreux travaux sur les neurosciences (c’est ce dont témoigne d’ailleurs La chambre du milieu. De Hegel aux neurosciences, Hermann, 2009), cherchant à traiter par ce biais un problème à la fois politique et métaphysique, celui de la liberté. Comment penser cette dernière comme, non pas conquise contre l’inertie physique et le déterminisme naturel, mais directement inscrite dans le corps, immanente aux replis de la matière ? »

À lire également :

l’entretien de Catherine Malabou avec Robert Maggiori dans Libération (cliquez ici)

le portrait de Catherine Malabou réalisé par Juliette Cerf pour Philosophie Magazine (cliquez ici)


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"Ni chose ni personne" dans LIBÉRATION le 14 mai 2009

14 mai 2009 at 12:54 (Bernard Edelman-Ni chose ni personne, Bioéthique, Philosophie, Presse écrite) (, , , , , , )

Dans le Cahier Livres du Libération de ce jour, Robert Maggiori chronique Ni chose ni personne de Bernard Edelman.Libération-14 mai 09

En voici un extrait :

Il y a encore peu, malgré les «animaux machines » de Descartes, tout était clair : d’un côté il y avait les «choses » brevetables, de l’autre les «personnes », et, au milieu, les plantes et les animaux,dont certains étaient éventuellement utilisables comme « outils » mais irréductibles à des « choses ». Depuis, « le vivant animal a fait son entrée sur la scène du brevet », et est née la biotechnologie. En 1987, les États-Unis déclarent brevetables « tous les organismes vivants pluricellulaires non humains et non préexistants dans la nature, y compris les animaux qui sont les produits de l’ingéniosité humaine ». Et l’homme ? A-t-il un corps comme il « a »une maison ou un vélo ? Ses cellules sont-elles des « choses » ? Est-il propriétaire de ses organes, de ses « matières », de son sperme, de son plasma, de son liquide amniotique, de ses codes ADN ? C’est cette question qu’éclaire Bernard Edelman dans Ni chose, ni personne – titre qui explicite la thèse : le corps de l’homme n’est pas encore tout à fait une chose, bien qu’il soit déjà « un gisement de valeur, composé d’organes et de cellules qu’on peut vendre, louer, breveter », mais il n’est déjà plus tout à fait (d’)une personne. « Machine vivante ». Bernard Edelman a assurément une « tête philosophique » – on lui doit entre autres La maison de Kant ou Nietzsche, un continent perdu –, mais des « pieds » collés à la réalité, notamment celle, humaine, très humaine, qui se laisse voir sans fards dans les tribunaux et les cours de justice. Il est avocat, spécialiste du droit d’auteur, du droit de la presse, du droit de la personnalité. Et c’est justement l’approche toute juridique qui donne à Ni chose, ni personne son originalité. Dans mille ouvrages de philosophie, de morale, de psychologie, de sociologie, on trouve des développements sur la « choséification » de l’homme ou sa « marchandisation ». (…) Mais on avait rarement montré de façon aussi nette comment, par tel décret, telle décision de justice faisant jurisprudence, tel article de loi, s’est réalisée la « fabrication juridique du vivant », comment (depuis le Plant Act américain de 1930), on est passé de la mutation du végétal en « machine vivante » à la transformation de microorganismes animaux en « outils » brevetés, commercialisés, et, enfin, à la biologisation du corps humain. (…) Edelman parle beaucoup du cadavre, qui retrouverait le statut d’ « objet sacré » progressivement ôté au corps vivant. (…) Les statuts juridiques du fœtus, de l’enfant mort-né, de l’enfant sans vie, sont aussi abordés. Mais l’essentiel de Ni chose, ni personne, est cependant consacré au corps vivant, dont on se demande s’il est encore « nous-mêmes ». (…)  Edelman s’en réfère toujours à des cas juridiques. Le droit se révèle alors comme un sismographe des mutations sociales, morales, culturelles, enregistrées à travers la progressive « dépossession » du corps. Sommes-nous notre corps, si celui-ci peut désormais s’exploiter « hors de nous », constituer un marché, transporter ailleurs notre identité (qui est le visage greffé sur le visage, détruit d’un autre ?), se combiner à des « pièces » animales, voire informatiques, pour donner des « chimères d’un nouveau genre » ?

Pour lire l’article en intégralité, cliquez ici.

Pour en savoir plus sur Ni chose ni personne, consultez le dossier de presse du livre.

 

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