Pour Pierre Jourde, il y a encore « des raisons d’espérer »

16 février 2011 at 17:47 (Jean-Luc Moreau-La Sœur de l'Ange n°8) (, , , , , , , , , , , , )

Nous vous avions annoncé la semaine dernière une soirée au cinéma le Champo,  information relayée, à notre plus grand plaisir, par les agendas littéraires du Monde et du NouvelObs.com. Ce qui a certainement contribué, pour une large part, à son succès. Une semaine est passée et les bonnes surprises continuent d’arriver. Ainsi, Pierre Jourde, présent à la soirée au titre de contributeur du n°8 de La Sœur de l’Ange, nous donne à lire sur le blog Confitures de culture hébergé par le site du Nouvel Obs.com, un très bel article daté du 12 février dans lequel il nous livre son ressenti à propos du film et des questions soulevées par le débat qui a suivi et dont il était l’un des intervenants.

« Mardi 8 février dernier avait lieu au cinéma le Champollion, à Paris, la projection en avant-première du film de Régis Sauder, Nous, Princesses de Clèves . La séance était suivie d’un débat, organisé autour du film et, conjointement, de la sortie d’un numéro de la revue La Sœur de l’ange, dirigé par Jean-Luc Moreau. Le numéro s’intitulait À quoi bon la Princesse de Clèves ? Pourquoi, en effet, ce mépris de notre président de la République, estimant qu’il était sadique de mettre une telle œuvre au programme d’un concours de fonctionnaires ? Pourquoi Mme de La Fayette est-elle devenue l’emblème de la résistance culturelle ? (…) La salle du Champollion était bondée. Je n’avais pas vu le film auparavant, et je dois avouer que j’ai été plus qu’impressionné, ému, un peu comme à la projection de De l’autre côté du périph, de Nils et Bertrand Tavernier.

Le film est tourné au lycée Diderot, établissement « difficile » des quartiers Nord de Marseille. Population très défavorisée, en majorité d’origine immigrée. Certains des élèves se sont portés volontaires pour un atelier où l’on travaillerait sur le texte de La Princesse de Clèves. Il s’agissait de préparer la lecture filmée d’extraits du roman. Le film alterne donc les parties « jouées », c’est-à-dire les lectures, dans le cadre du lycée, en solo ou à deux, et les parties où l’on filme les participants, au lycée, dans leur quartier, dans leur famille, au long de l’année scolaire, jusqu’au baccalauréat. Gros plans sur de beaux visages de jeunes gens et de jeunes filles, qui disent superbement ce texte, sans effets excessifs, on l’entend, il vit dans leurs bouches. Ailleurs, ils le commentent, s’identifient, comparent leur vie et leurs affaires amoureuses à celles que raconte cet ouvrage vieux de plus de trois siècles. Ils évoquent leur vie intime, leurs difficultés quotidiennes, leur rêve d’avenir.

Ce que disent ces jeunes gens est étonnant d’intelligence et de lucidité. Leurs parents s’impliquent, commentent le livre, expliquent leurs principes d’éducation. Il y a le père maghrébin confiant son inquiétude pour sa fille devant la mère silencieuse et voilée, la mère comorienne qui s’enthousiasme à l’idée que son enfant puisse obtenir le bac, etc. Ce type de travail est exactement celui qui est capable de métamorphoser la relation d’un adolescent avec la culture, en lui montrant qu’il peut accéder aux grands textes du patrimoine, les faire siens, les faire travailler en lui, et qu’il est capable d’aller au-delà de lui-même et des limites sociales et culturelles qu’on lui impose. C’est une transformation mutuelle, du livre par le lecteur et du lecteur par le livre, et c’est magnifique.

On retrouve finalement là quelque chose des idéaux de l’éducation populaire d’après guerre, qui a été si importante pour toute une génération, et qu’on a laissée tomber. Lorsque le Conseil représentatif des associations Noires estime qu’une épreuve de littérature aux concours de fonctionnaires est discriminatoire pour les Noirs, lorsqu’on sait que Michel Wieviorka, membre du conseil scientifique de cette organisation, fait autorité en France pour les questions d’immigration, on est atterré, et on aimerait demander à Mona, Abou, Morgane, Aurore, Chakirina, Cadiatou, Laura, Sarah, acteurs du film, ce qu’ils pensent des propos de ces gens qui estiment les représenter, de ces prétendus antiracistes qui considèrent que la culture, ça n’est pas pour les Noirs.

Foncez voir ce très beau film. »

Le film sort en salle le 30 mars.

 

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