La sérendipité : quel rôle joue le hasard dans la science ?

16 mars 2011 at 12:01 (Daniele Bourcier et Pek Van Andel-La Sérendipité) (, , , , , , , , , , , , , , , , , , )

Le 20 janvier dernier, La sérendipité. Le hasard heureux est paru aux éditions Hermann. Ce livre résulte d’un colloque de Cerisy qui s’est tenu en juillet 2009 et auquel ont participé des chercheurs, artistes et philosophes.

Suscitant de façon inattendue de multiples débats dans la presse, la sérendipité fut consacrée mot de l’année 2009 par la Revue des Sciences humaines. Elle est considérée comme la « capacité de découvrir, d’inventer, de créer ou d’imaginer quelque chose de nouveau sans l’avoir cherché à l’occasion d’une observation surprenante qui a été expliquée correctement ».

 

Le 26 février dernier, Science publique, émission hebdomadaire que Michel Alberganti anime sur France Culture, avait pour sujet : La sérendipité : quel rôle joue le hasard dans la science ? À cette occasion, quatre des contributeurs au livre La sérendipité. Le hasard heureux étaient invités à participer au débat : Daniele Bourcier, Jean-Marie Brom, Sylvie Catellin et Robert Vallée.

La présentation que Michel Alberganti donne à lire sur le site de France Culture expose de façon très claire les enjeux  de l’émission, je la cite donc telle quelle :

« Commençons cette émission par une devinette : Quel est le point commun entre les découvertes de l’Amérique, l’homme de Néandertal, la pierre de Rosette, la grotte de Lascaux, la poussée d’Archimède, la loi de la gravitation,  les rayons X, la radioactivité, l’électromagnétisme, l’infrarouge, l’aspirine, l’aspartame, l’insuline, le LSD, la pénicilline, le vaccin antivariolique, le Viagra, l’ADN, la pilule contraceptive, le Velcro, la photographie, la Citroën 2CV, le Post-It, le Kleenex, la gomme à effacer, le jacuzzi, le Frisbee, le Kevlar, le Téflon, le Laser, l’hélice de bateau, la dynamite, la Tarte Tatin, le Nutella, le Carambar, le Coca Cola,  le Sauternes, les chips ou le Roquefort ? La réponse, vous l’avez devinée, c’est le hasard, point commun à cette liste à la Prévert. Ou, plus précisément, la sérendipité, dont nous allons parler aujourd’hui.

La sérendipité a fait l’objet du colloque de Cérisy en juillet 2009. L’occasion de remonter aux sources de cette notion aussi subtile que mystérieuse. Les premières traces datent d’un conte persan de 1302 intitulé Les pérégrinations des trois fils du roi de Serendip. L’écrivain britannique Horace Walpole reprend le terme en 1754 et lui donne une définition : « faire des découvertes, par accident et sagacité, de choses que l’on ne cherchait pas ». Chaque mot compte et l’on constate que la notion de sérendipité dépasse largement  le simple hasard. À l’accident déclencheur doit s’associer la sagacité, c’est-à-dire le discernement ou le flair qui permettent de détecter une anomalie, de la questionner, de l’interpréter, de la comprendre et de l’exploiter.  On est ainsi bien loin du pur coup de chance. Les découvertes, même fortuites, ne se réalisent pas facilement et ne sont pas à la portée de tout le monde.

L’intervention du hasard dans les découvertes relève-t-elle de l’anecdote ou bien lève-t-elle le voile sur un phénomène plus profond en matière de créativité humaine ?

Comment comprendre que l’on trouve ce que l’on ne cherche pas alors que l’on rencontre tant de difficultés à trouver ce que l’on cherche ?

Faut-il accepter une part chaotique dans le processus de la découverte ou bien la sérendipité est-elle transformable en méthode ?

Pourrait-on, ainsi, imaginer enseigner la sérendipité ?

Ne s’agirait-il pas, finalement, de l’embryon d’une démarche favorisant la créativité en la libérant des idées reçues, de la normalisation de la pensée et du syndrome du réverbère ? »

Pour Jean-Marie Brom , l’essentiel est d’avoir « l’esprit ouvert » et prêt à saisir l’opportunité qu’offre le hasard lorsqu’il se présente aux portes de notre intelligence…

Le 7 mars, dans l’émission Continent Sciences que Stéphane Deligeorges anime sur France Culture, Lydia Ben Ytzhak a consacré sa chronique à La sérendipité. Le hasard heureux qu’elle présente comme un « ouvrage tout à fait incroyable ». Sa chronique est claire et réussit l’exercice difficile de parler de beaucoup de choses en très peu de temps. Après avoir évoqué le conte du poète persan Amir Khusrau intitulé Les pérégrinations des trois fils du roi de Serendip qui a donné son nom à la sérendipité, elle donne plusieurs exemples de découvertes faites par sérendipité telle la pénicilline pour ne citer qu’elle. Pour Lydia Ben Ytzhak, ce qu’il y a de remarquable dans le concept de sérendipité, c’est qu’il met en relief le critère de créativité et le goût du jeu, souvent grands absents du débat scientifique.

Loin d’être réservé à une élite, ce livre tout à fait accessible relate des cas de sérendipité puisés dans la science mais aussi dans les arts, la politique, la psychanalyse, le management ou encore l’Internet. Cet ouvrage est passionnant et plus d’actualité que jamais!

 

 

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