Zoom sur la lecture psychanalytique de « La Bête dans la jungle » par André Green dans « Le Monde des Livres »

15 janvier 2010 at 14:44 (André Green-L'Aventure négative, Littérature, Presse écrite, Psychanalyse) (, , , , , , , , , , , , , , , , , , , )

Dans Le Monde des Livres daté du 15 janvier 2010, le philosophe et journaliste Roger-Pol Droit a rendu compte de sa lecture du dernier livre d’André  Green paru dans la collection Psychanalyse des Éditions Hermann.

Intitulé L’Aventure négative, l’ouvrage propose une lecture psychanalytique de  l’écrivain Henry James et en particulier de la nouvelle  La Bête dans la jungle que Marguerite Duras avait adaptée à la scène, dans les années 80, avec Sami Frey et Delphine Seyrig.

La nouvelle publiée en 1903 pourrait se résumer ainsi : au hasard d’une rencontre dans une somptueuse demeure londonienne, John Marcher éprouve soudain face à May Bartram,  le sentiment de retrouver le fil d’une histoire dont il aurait manqué le début. Pour quel mystérieux accomplissement Marcher a-t-il si soigneusement préservé sa solitude ? Quel secret s’apprête à surgir de leurs entretiens ? La révélation viendra, tardive, tragique, irrémédiable.

C’est ce secret en attente d’être révélé, cette Bête tapie dans la jungle prête à bondir,  qui intéresse précisément le psychanalyste André Green. C’est lui, c’est elle, dont il traque les manifestations dans le texte de James. Et, c’est de son analyse scrupuleuse que naît l’idée sur laquelle est bâtie toute son Aventure négative : la nouvelle serait  « une version  narcissique du mythe oedipien », dans laquelle serait en question, non pas un trop-plein de désirs qui conduirait aux souhaits combinés du parricide et de l’inceste, mais « l’inversion du désir en non-désir », la transformation du narcissisme de vie en narcissisme de mort, du narcissisme positif en narcissisme négatif.

« Le narcissisme, écrit Green, est une composante indispensable de la vie psychique. Il confère au sujet une unité, une identité, qui lui permettront de chercher en l’objet un complément pour former une unité encore close, quasi totale : celle du couple. Tel est le narcissisme de vie. Mais, il est un autre narcissisme, celui qui, loin d’aider à réaliser l’unité, aspire, contre toute apparence, à toujours moins de désir, à toujours moins d’objet et, en fin de compte, à toujours moins d’altérité.

Ce narcissisme-là ne peut prendre le risque de mettre à l’épreuve son unité dans la pleine de rencontre avec l’autre. Aussi est-il voué non seulement à refermer le sujet sur lui-même mais à le contraindre à se sentir menacé de n’être rien. Le mythe qu’il construit alors d’être réservé pour quelque chose de rare et d’étrange n’est que la tentative quasi délirante de guérison après le retrait de la libido d’objet et le terrain conquis par le narcissisme négatif ou narcissisme de mort. (…)

Parfois, l’inhibition ne portera que sur une seule fonction : la faim, par exemple, dans l’anorexie. Dans La Bête dans la jungle, c’est le rapport de la sexualité à l’amour qui subit ce destin d’anéantissement à une nullité du désir. »

Extrait de L’Aventure négative d’André Green

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