« Homoparentalité : la psychanalyse peut-elle dire la norme ? » par Claude Rabant

28 mai 2010 at 11:43 (Claude Rabant-Métamorphoses de la mélancolie, Presse écrite, Psychanalyse) (, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , )

« Homoparentalité : la psychanalyse peut-elle dire la norme ? », tel est le titre de l’article que Claude Rabant, philosophe et psychanalyste, auteur du récent Métamorphoses de la mélancolie (Hermann Psychanalyse, mai 2010), a publié dans le Libération du 26 mai 2010.

Dans cet article, dénonçant les dérives de certains psychanalystes qui parlent volontiers d' »ordre symbolique« , de « norme symbolique« , et par conséquent, d’ « ordre sexuel » et de « norme sexuelle« ,  il remarque qu’ « Aujourd’hui, la stigmatisation sociale de l’homosexualité est remplacée par le souci de la santé mentale : le discours homophobe étant interdit, on affirme que l’homoparentalité rendra nos enfants fous. Mais le catastrophisme qui prédit, dans deux trois générations, des effondrements psychiques, témoigne d’une absence totale de sens historique et ignore la plasticité de la sexualité humaine. »

Or, comme il l’écrit plus loin, « On ne saurait nier qu’il y a une histoire de la sexualité, où les différentes modalités de la « différence » varient avec les pratiques, de sorte qu’aujourd’hui des différences jadis principales se trouvent secondarisées, et que la « biologie » ne peut plus être considérée purement et simplement comme source de normes éternelles, mais au contraire comme source de potentialités nouvelles. »

Pour lui, il ne fait pas de doute qu’il y a la même liberté de choix pour un parent face à l’énigme de la procréation que pour chaque individu face à l’énigme de sa propre sexualité.  Il écrit en ce sens : « Choix inconscient qui est l’autre nom du désir (…) On sait par expérience que, si le désir inconscient n’est pas à l’œuvre, il n’y aura jamais de procréation. Tel  est le symbolique : non point la norme, mais le désir inconscient. Et c’est bien du désir inconscient que naissent les enfants, non de la seule rencontre sexuelle. »

Claude Rabant nous rappelle donc, ce que certains semblent avoir oublié, que  la psychanalyse ne peut en aucun cas édicter la norme, qu’elle ne peut en aucun cas constituer un repère moral. En revanche, comme il l’écrit, dans le texte qu’il nous a offert pour présenter Métamorphoses de la mélancolie (voir le billet du 11 mai dernier), si elle n’est pas repère moral, elle est « boussole ». Une « boussole » dans « un monde où trop de crises, de catastrophes et de discours alarmistes nous font désespérer de l’homme». Une « boussole » à même, selon lui, de « nous aider à surmonter cette pente mélancolique qui règne en nous ». Une « boussole »  capable de nous « mettre en relation (…)  avec les forces vitales de [notre] inconscient ».

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Comment « surmonter cette pente mélancolique » en nous ?

11 mai 2010 at 16:50 (Bientôt en librairie, Claude Rabant-Métamorphoses de la mélancolie, Psychanalyse) (, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , )

Claude Rabant, philosophe et psychanalyste, publiera, le 21 mai prochain, dans la collection Psychanalyse des Éditions Hermann que codirige Élisabeth Naneix, un passionnant essai, préfacé avec enthousiasme par Jean Oury, sur la mélancolie intitulé Métamorphoses de la mélancolie.

Pour présenter celui-ci, Claude Rabant nous a offert un très beau texte que j’ai très intégré au communiqué de presse et que je ne résiste pas au plaisir de reproduire ici :

« Dans un monde où trop de crises, de catastrophes et de discours alarmistes nous font désespérer de l’homme, quelle peut être la boussole de la psychanalyseComment peut-elle nous aider à surmonter cette pente mélancolique qui règne en nous ? Une éthique de la pulsion — à distinguer d’une simple morale — telle est cette boussole, mettant le sujet en relation avec les forces vitales de son inconscient. Un abri, une « relation bien tempérée » entre les sexes, selon l’expression de Lacan, une « relation plus honnête au désir » : l’inconscient est notre ami. Avec lui, il devient possible de lutter contre la pulsion de mort et les contraintes du SurmoiComme Spinoza, comme Nietzsche, Freud parie sur un élargissement de l’être du sujet, sur une métamorphose du sexuel dans la sublimation. À l’opposé de la mélancolie, le principe civilisateur suppose à la fois une acceptation de la perte et une volonté de reconstruire. Il y a un « carpe diem«  freudien, un « jouir serein du présent », qui se déduit du principe de métamorphoses. »

par Claude Rabant, le 10 mai 2010

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Paul Virilio sur France Inter ce matin

20 avril 2010 at 10:10 (Antoine Mercier-Regards sur la crise, Dans l'actu !, Philosophie, Presse écrite, Radio) (, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , )

À l’invitation de Pascale Clark, Paul Virilio, auteur du texte « Accident de tempo » paru dans l’ouvrage collectif Regards sur la crise dirigé par Antoine Mercier, pour nos éditions, au début de l’année 2010, s’est exprimé ce matin sur les ondes de France Inter. L’objet de leur échange : bien évidemment ce dont tout le monde parle en ce moment, l’éruption du volcan Eyjafjöll.

Paul Virilio est philosophe, urbaniste, essayiste. Il est spécialiste des questions stratégiques soulevées par les nouvelles technologies. Pour lui, le progrès technique nous mène à notre perte et les conséquences sur l’aviation de l’éruption du volcan islandais en sont la preuve incontestable dont il convient, selon lui, de tirer les leçons.

Dans Regards sur la crise, il écrivait, d’ailleurs, en ce sens :

« Les technologies nouvelles dominent la domination du monde et elles aboutissent à la catastrophe. Il nous faut donc dominer la domination technoscientifique. C’est pour cela  que je suggère de fonder une université du désastre qui serait ouverte à toutes les disciplines, et pas simplement l’économie ou à la politique (…) On y analyserait la barbarie, les dégâts du progrès. On y dégagerait une intelligence de cette situation désastreuse. » in Regards sur la crise, pp. 191-199

Sur le même sujet, lire l’entretien de Paul Virilio paru dans L’Humanité le 19 avril.

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Michel Deguy et « le monde comme il va »…

3 février 2010 at 13:21 (La fin dans le monde, Le Bel Aujourd'hui, Martin Rueff-Différence et identité, Philosophie, poésie, Presse écrite, Radio) (, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , )

Jeudi dernier, le philosophe et poète, Michel Deguy, était sur les ondes de France Culture pour parler, avec Jacques Munier, l’animateur d’À plus d’un titre, de son dernier livre paru dans la collection Le Bel Aujourd’hui : La fin dans le monde.

Jacques Munier, dans son introduction à l’émission, a présenté le livre, à très juste titre,  comme une série de méditations engagées sur l’actualité du monde, placées sous le signe de la fin, comme un diorama de l’époque mettant en scène  tout ce qui, dans le monde, est fini, tout en ce qui, dans le monde, est en crise, tout ce qui, dans le monde, est menacé . Et, en premier lieu, pour Deguy,  l’environnement.

Ce qui a, d’ailleurs, donné le sujet  d’une récente émission d’Alain Finkielkraut sur France Culture intitulé la conscience écologique que vous pouvez encore écouter en cliquant ici ; ainsi que d’une rencontre à la Maison de la Poésie sur le thème de la relation entre écologie et poésie à laquelle  Alain Nicolas a consacré une tribune dans l’édition de L’Humanité du 14 janvier. Pour lire cet article, cliquer ici.

Je vous propose, en outre, de lire un extrait du livre qui fait, vous le verrez, cruellement écho aux événements récents en Haïti.

« Ce qu’on désigne par « la castastrophe climatique », dont bien des « responsables » ignorent l’imminence, se laisse (…) entendre ainsi : la terre se refuse, est en train de se refuser… À quoi ? Au monde, c’est-à-dire à ce que les humains y installent définitivement, et exactement sous le nom de « mondialisation », celle qui accomplit le ravage. La terre se retire – fonte des banquises, raz de marées ou « tsunamis », éruptions, incendies gigantesques… On ne l’aura pas comme ça ! Assez !… »

Michel  Deguy in La fin dans le monde sur l’environnement

Il est aussi question, dans l’ouvrage de Michel Deguy, d’autres fins. Celle du  socialisme, par exemple :

« Le socialisme a rétrogradé, mais sans revenir du tout à son point de départ. Nul retour ! Il a chuté voire « décédé », jusqu’à ce calicot ressassé de son progressisme de crise, à savoir cette défense (ou conquête) du « pouvoir d’achat » ; c’est-à-dire d’acheter ; donc de consommer. Sous prétexte de « regagner l’électorat populaire » il est sorti de son élément, de son milieu vital, de son utopie fondatrice : c’est-à-dire de la pensée de l’émancipation. Le socialisme est l’affaire de l’émancipation Il y a à enseigner, à montrer, à tirer vers le haut. Ce n’est pas que le socialisme soit « à court d’idées » : c’est qu’il a quitté la pensée. Par populisme ; et par contamination profonde : il a attrapé le virus de l’air du temps : l’âge du « capitalisme culturel »  l’a entièrement grippé ; lui aussi ne parle qu’expertise et retraite. »

Michel  Deguy in La fin dans le monde sur le socialisme

voir également sur même sujet le dossier du Philosophie Magazine de ce mois-ci :  «Le socialisme peut-il renaître ? »

Ou encore celle de l’espace public englouti par l’espace privé avec l’exemple du téléphone portable :

« Qu’est-ce que le portable transporte ? Le privé dans le public. Les papoteurs traversent la rue pendus aux portables. La rue est la chambre ; ils bavardent non plus en public mais en privé. Cependant la joggeuse qui passe en son négligé, chignon bâclé, hanche à nu, annexe le square à sa salle de bain. C’est sympathique ? Sans doute. Mais rappelons-nous : la place était socratique, à cause de nos études ; agora ou forum, précisément le lieu-public du péri politeias, le lieu du dialogue ; l’espace commun de la parole échangée sur le juste et l’injuste. Si l’individu privatise l’espace (ou le communautarise pour afficher ses convictions, « pride ») la démocratie recule. Il lui reste « l’isoloir », que les abstentionnistes (c’est leur nom) tiennent pour un désoloir, périssoir, étouffoir… »

Michel  Deguy in La fin dans le monde sur la privatisation de l’espace public

Dans l’émission de Jacques Munier, Michel Deguy est, d’ailleurs, revenu sur ce phénomène de privatisation de l’espace public, pour lui essentiel à la compréhension de nombre de débats actuels, en proposant aux auditeurs une réflexion particulièrement éclairante sur la question du voile.

Selon lui, c’est précisément parce que l’espace public tend à devenir espace privé que la question du voile se pose. « Comment se comporter, se demande-t-il, dans un espace public qui n’est plus neutralisé, dans un espace où chacun veut faire reconnaître sa « privatie » ? » Pour lui, la seule question pertinente sur le sujet se formulerait ainsi  : « En quoi doit consister l’espace public pour que la haine ne s’installe pas, pour que la différence ne soit pas perçue de manière agressive, et qu’on puisse, le cas échéant, discuter,  faire parler ces différences ? »

Par ailleurs, Michel Deguy était l’invité d’Antoine Mercier, vendredi dernier, dans le cadre de sa rubrique D’autres regards sur l’actualité diffusée chaque vendredi sur France Culture. Pour écouter l’émission, cliquez ici.

Enfin, si vous souhaitez en savoir plus sur l’œuvre de Michel Deguy, tant poétique que philosophique, je vous conseille de lire le passionnant ouvrage de Martin Rueff, Différence et identité. Michel Deguy, situation d’un poète lyrique à l’apogée du capitalisme culturel, auquel Guillaume Artous-Bouvet a consacré récemment un très bel article dans Non Fiction. Pour lire l’article, cliquez ici.

Le monde comme il va est un conte philosophique de Voltaire publié en 1746.

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2012 : l’apocalypse ?

16 novembre 2009 at 15:19 (Dans l'actu !, Presse écrite, Radio) (, , , , , , , , , , , , , , )

Image de fin du mondeLe magazine Sciences et Avenir, dans son dernier numéro, consacre un dossier à la fin du monde.

S’appuyant sur la fin du calendrier maya, des auteurs, réalisateurs et une myriade de sites ont, en effet,  prédit la disparition de l’humanité  au moment du solstice d’hiver 2012 à la suite d’une succession de catastrophes naturelles.

David Larousserie a demandé à Wiktor Stoczkowski, chercheur au Laboratoire d’Anthropologie sociale de l’EHESS et auteur l’année dernière de l’ouvrage : Anthropologies rédemptrices. Le monde selon Lévi-Strauss, ce qu’il pensait de ces rumeurs apocalyptiques :

« Les rumeurs sur 2012 me semblent émaner d’une sous-culture occultiste. Elle prend ses racines au XVIIIe siècle, dans certains cercles illuministes, théosophiques et maçonniques, se retrouve ensuite chez les spirites du XIXe siècle et, de nos jours, chez les chasseurs d’extraterrestres. Elle est souvent très hostile à la science, même si elle propose une vision du monde qui est censée opérer une synthèse entre science et religion. Du coup, les arguments scientifiques ont peu de chances de convaincre ceux qui récusent toute autorité de la science. (…) Ces rumeurs sur 2012 sont ceux-ci de particulier qu’elles sont à la fois archaïques et modernes. Archaïques, car elles empruntent à un imaginaire apocalyptique très ancien, hérité de la tradition judéo-chrétienne. Modernes, car elles se servent des nouvelles technologies, comme Internet, pour se diffuser massivement. Elles appartiennent indéniablement à notre époque, car elles coïncident avec un discours, devenu récurrent au XXe siècle, qui décrit nos sociétés comme souffrant perpétuellement d’une crise. En fait, les sociétés contemporaines se transforment sans cesse, à grande vitesse, et nous manquons de repères. La crise est censée expliquer tout. Durant la dernière élection présidentielle en France, la plupart des candidats prônaient un changement radical de tous les domaines de la vie collective. Pourtant, aucune période historique, même lors de grandes révolutions, n’a connu des changements vraiment fondamentaux qui aient pu remodeler immédiatement la société de fond en comble. Que dire de la possibilité de «changer entièrement le monde», comme l’annonçait l’un des candidats, en l’espace des cinq années du mandat présidentiel ! Les structures sociales ont la vie dure. Il arrive aux politiques, aux occultistes ou aux experts scientifiques d’employer la même rhétorique eschatologique, même si les arguments auxquels ils recourent sont différents. Plutôt que de tenir des discours prônant une réforme rédemptrice, nous ferions mieux d’essayer de comprendre les sociétés dans lesquelles le changement permanent est voué à devenir le mode normal d’existence. »

Wiktor Stoczkowki, extrait de l’entretien qu’il a accordé à Sciences et Avenir

Pour lire l’entretien en entier, cliquez ici.

M. Stoczkowski a été, par ailleurs, l’invité de l’émission de Michel Alberganti sur France Culture, Science publique,  pour répondre à la question : Comment les rumeurs de fin du monde exploitent-elles la science ?

Pour écouter l’émission, cliquez ici.

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