Michel Deguy et « le monde comme il va »…

3 février 2010 at 13:21 (La fin dans le monde, Le Bel Aujourd'hui, Martin Rueff-Différence et identité, Philosophie, poésie, Presse écrite, Radio) (, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , )

Jeudi dernier, le philosophe et poète, Michel Deguy, était sur les ondes de France Culture pour parler, avec Jacques Munier, l’animateur d’À plus d’un titre, de son dernier livre paru dans la collection Le Bel Aujourd’hui : La fin dans le monde.

Jacques Munier, dans son introduction à l’émission, a présenté le livre, à très juste titre,  comme une série de méditations engagées sur l’actualité du monde, placées sous le signe de la fin, comme un diorama de l’époque mettant en scène  tout ce qui, dans le monde, est fini, tout en ce qui, dans le monde, est en crise, tout ce qui, dans le monde, est menacé . Et, en premier lieu, pour Deguy,  l’environnement.

Ce qui a, d’ailleurs, donné le sujet  d’une récente émission d’Alain Finkielkraut sur France Culture intitulé la conscience écologique que vous pouvez encore écouter en cliquant ici ; ainsi que d’une rencontre à la Maison de la Poésie sur le thème de la relation entre écologie et poésie à laquelle  Alain Nicolas a consacré une tribune dans l’édition de L’Humanité du 14 janvier. Pour lire cet article, cliquer ici.

Je vous propose, en outre, de lire un extrait du livre qui fait, vous le verrez, cruellement écho aux événements récents en Haïti.

« Ce qu’on désigne par « la castastrophe climatique », dont bien des « responsables » ignorent l’imminence, se laisse (…) entendre ainsi : la terre se refuse, est en train de se refuser… À quoi ? Au monde, c’est-à-dire à ce que les humains y installent définitivement, et exactement sous le nom de « mondialisation », celle qui accomplit le ravage. La terre se retire – fonte des banquises, raz de marées ou « tsunamis », éruptions, incendies gigantesques… On ne l’aura pas comme ça ! Assez !… »

Michel  Deguy in La fin dans le monde sur l’environnement

Il est aussi question, dans l’ouvrage de Michel Deguy, d’autres fins. Celle du  socialisme, par exemple :

« Le socialisme a rétrogradé, mais sans revenir du tout à son point de départ. Nul retour ! Il a chuté voire « décédé », jusqu’à ce calicot ressassé de son progressisme de crise, à savoir cette défense (ou conquête) du « pouvoir d’achat » ; c’est-à-dire d’acheter ; donc de consommer. Sous prétexte de « regagner l’électorat populaire » il est sorti de son élément, de son milieu vital, de son utopie fondatrice : c’est-à-dire de la pensée de l’émancipation. Le socialisme est l’affaire de l’émancipation Il y a à enseigner, à montrer, à tirer vers le haut. Ce n’est pas que le socialisme soit « à court d’idées » : c’est qu’il a quitté la pensée. Par populisme ; et par contamination profonde : il a attrapé le virus de l’air du temps : l’âge du « capitalisme culturel »  l’a entièrement grippé ; lui aussi ne parle qu’expertise et retraite. »

Michel  Deguy in La fin dans le monde sur le socialisme

voir également sur même sujet le dossier du Philosophie Magazine de ce mois-ci :  «Le socialisme peut-il renaître ? »

Ou encore celle de l’espace public englouti par l’espace privé avec l’exemple du téléphone portable :

« Qu’est-ce que le portable transporte ? Le privé dans le public. Les papoteurs traversent la rue pendus aux portables. La rue est la chambre ; ils bavardent non plus en public mais en privé. Cependant la joggeuse qui passe en son négligé, chignon bâclé, hanche à nu, annexe le square à sa salle de bain. C’est sympathique ? Sans doute. Mais rappelons-nous : la place était socratique, à cause de nos études ; agora ou forum, précisément le lieu-public du péri politeias, le lieu du dialogue ; l’espace commun de la parole échangée sur le juste et l’injuste. Si l’individu privatise l’espace (ou le communautarise pour afficher ses convictions, « pride ») la démocratie recule. Il lui reste « l’isoloir », que les abstentionnistes (c’est leur nom) tiennent pour un désoloir, périssoir, étouffoir… »

Michel  Deguy in La fin dans le monde sur la privatisation de l’espace public

Dans l’émission de Jacques Munier, Michel Deguy est, d’ailleurs, revenu sur ce phénomène de privatisation de l’espace public, pour lui essentiel à la compréhension de nombre de débats actuels, en proposant aux auditeurs une réflexion particulièrement éclairante sur la question du voile.

Selon lui, c’est précisément parce que l’espace public tend à devenir espace privé que la question du voile se pose. « Comment se comporter, se demande-t-il, dans un espace public qui n’est plus neutralisé, dans un espace où chacun veut faire reconnaître sa « privatie » ? » Pour lui, la seule question pertinente sur le sujet se formulerait ainsi  : « En quoi doit consister l’espace public pour que la haine ne s’installe pas, pour que la différence ne soit pas perçue de manière agressive, et qu’on puisse, le cas échéant, discuter,  faire parler ces différences ? »

Par ailleurs, Michel Deguy était l’invité d’Antoine Mercier, vendredi dernier, dans le cadre de sa rubrique D’autres regards sur l’actualité diffusée chaque vendredi sur France Culture. Pour écouter l’émission, cliquez ici.

Enfin, si vous souhaitez en savoir plus sur l’œuvre de Michel Deguy, tant poétique que philosophique, je vous conseille de lire le passionnant ouvrage de Martin Rueff, Différence et identité. Michel Deguy, situation d’un poète lyrique à l’apogée du capitalisme culturel, auquel Guillaume Artous-Bouvet a consacré récemment un très bel article dans Non Fiction. Pour lire l’article, cliquez ici.

Le monde comme il va est un conte philosophique de Voltaire publié en 1746.

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Marc de Launay décrypte le dernier film des frères Coen pour « Philosophie Magazine »

25 janvier 2010 at 11:19 (Bel Aujourd'hui, Marc de Launay-Lectures philosophiques de la Bible, Philosophie, Presse écrite, Video) (, , , , , , , , , , , )

Dans A Serious Man, leur dernier film, les frères Coen réinventent l’histoire biblique de Job, qui perd tout mais reste fidèle à Dieu.

Mac de Launay, philosophe et cinéphile, et auteur, dans la collection Le Bel Aujourd’hui, que dirige Danielle Cohen-Levinas pour les Éditions Hermann, de Lectures philosophiques de la Bible, dévoile, ce mois-ci, pour Philosophie Magazine, la signification éthique de ce conte cauchemardesque …

Pour  lire l’intégralité de l’article, rendez-vous dans les pages du Philosophie Magazine actuellement en kiosque.

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Catherine Malabou au chevet des « identités meurtries »

23 décembre 2009 at 14:10 (Bel Aujourd'hui, Catherine Malabou-La chambre du milieu, Philosophie, Presse écrite) (, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , )

Pour Le Monde des Livres, Stéphane Legrand a rencontré la philosophe Catherine Malabou qui publient en même temps trois ouvrages : La Chambre du milieu. De Hegel au neuroscience dans la collection Le Bel Aujourd’hui des Éditions Hermann que dirige Danielle Cohen-Lévinas bien sûr ; mais aussi Changer de différence. Le féminin et la question philosophique aux Éditions Galilée ; et La Grande exclusion. L’urgence sociale, symptôme et thérapeutique, avec Xavier Emmanuelli, aux Éditions Bayard.

Pour Stéphane Legrand, il ne fait pas de doute que ces trois livres n’ont pas été publiés ensemble par hasard tant, pour lui, il évident qu’ils traitent à chacun à leur manière du même problème : les  « identités meurtries » : celles des grands traumatisés, des malades atteints de la maladie d’Alzheimer dans La Chambre du milieu ; celles des femmes (notamment en philosophie) dans Changer de différence ; et celle des victimes de l’exclusion sociale dans La Grande Exclusion.

Extrait du portrait de Catherine Malabou dans Le Mondes des Livres du 18 décembre 2009 :

« Catherine Malabou dira être née en Algérie, avouera être normalienne, évoquera la thèse sur Hegel qu’elle a rédigée sous la direction de Jacques Derrida (…). Pour le reste ?  « Vous savez, élude-t-elle, ma vie n’est pas très intéressante ». On se tourne alors vers ses concepts, et à l’évidence cela lui convient mieux. Celui de « plasticité » notamment, qu’elle a justement découvert chez Hegel et n’a cessé d’élaborer depuis, pour en explorer toutes les implications.

La plasticité, c’est l’aptitude à maintenir une identité tout en évoluant, en muant, en se transformant au contact de l’environnement et selon les aléas des circonstances. En neurologie, la plasticité cérébrale désigne la capacité qu’ont les synapses de moduler leur fonctionnement sous l’effet de l’expérience, donc de l’apprentissage, ce qui signifie que le cerveau n’est pas « rigide », mais évolutif, ouvert, en transformation constante.

Elle raconte en souriant que cette orientation décisive de son travail s’est dessinée initialement par un hasard : « J’étais tombée sur un numéro de La Recherche qui portait sur la mémoire, et dont l’un des articles évoquait la plasticité neuronale. Je me suis rendue compte que c’était exactement cela que je travaillais chez Hegel. »

Ce qui l’a intéressé dans cette rencontre fortuite, c’était d’y trouver « la traduction d’un concept dans les choses-mêmes », l’incarnation imprévue d’un pur objet de pensée dans un problème concret. Et c’est dans cette optique qu’elle a mené de nombreux travaux sur les neurosciences (c’est ce dont témoigne d’ailleurs La chambre du milieu. De Hegel aux neurosciences, Hermann, 2009), cherchant à traiter par ce biais un problème à la fois politique et métaphysique, celui de la liberté. Comment penser cette dernière comme, non pas conquise contre l’inertie physique et le déterminisme naturel, mais directement inscrite dans le corps, immanente aux replis de la matière ? »

À lire également :

l’entretien de Catherine Malabou avec Robert Maggiori dans Libération (cliquez ici)

le portrait de Catherine Malabou réalisé par Juliette Cerf pour Philosophie Magazine (cliquez ici)


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« Cette année, l’événement de la rentrée littéraire est philosophique »

4 septembre 2009 at 17:55 (Philosophie, Presse écrite, Radio, Roger-Pol Droit-Les Philosophies d'ailleurs) (, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , )

Couvertures Philosophies d'ailleurs« Cette année, l’événement de la rentrée littéraire sera philosophique », c’est ce que j’avais annoncé dans le dossier presse des deux volumes de Philosophies d’ailleurs envoyé aux journalistes à la fin du mois de juin. Et, il se révèle, pour la plus grande joie de nos éditions, que la formule n’est pas restée qu’une formule  : cette année, l’événement de la rentrée littéraire est bien philosophique.

Philosophie Magazine-septembre 09-couvertureEn effet, Philosophie Magazine a salué la parution de cette première anthologie des philosophies du monde avec un numéro spécial intitulé Quitter l’Occident. Le tour du monde des pensées d’ailleurs.

Je vous propose de télécharger ici le grand entretien que Roger-Pol Droit, le maître d’oeuvre des 2 volumes, a accordé à Martin Legros, rédacteur en chef adjoint de Philosophie Magazine, ainsi que, ici, le texte de présentation que la rédaction de Philosophie Magazine a consacré à l’ensemble du projet (cf. l’extrait ci-dessous) :

« Cinq ans de travail ont été nécessaires pour que soient achevés les deux tomes de Philosophies d’ailleurs (…) Ces deux volumes entendent réunir, sous forme d’extraits commentés, les passages incontournables des pensées indiennes, chinoises et tibétaines (tome 1) ainsi que des pensées hébraïques, arabes, persanes et égyptiennes (tome 2). Ils rendent ainsi possible un voyage intellectuel de l’Extrême et du Moyen-Orient. Sous la direction de Roger-Pol Droit, ces textes ont été introduits, sélectionnés et traduits par les meilleurs spécialistes : Michel Hulin et Marc Ballanfant pour l’Inde, François Jullien et Qi Chong pour la Chine, Matthew Kapstein et Stéphane Arguillière pour le Tibet, Raphaël Draï et Michaël Azoulay pour la tradition hébraïque, Christian Jambet pour le domaine arabe et persan, Serge Feneuille pour l’Égypte. »

Telerama - Les nouveaux chemins de la connaissanceRaphaël Enthoven, quant à lui, a fait sa rentrée sur France Culture avec une semaine Nouveaux Chemins de la Connaissance spéciale  Philosophies d’ailleurs.

Lundi 31 août : Les pensées indiennes avec Marc Ballanfant

Mardi 1er septembre : Les pensées tibétaine avec Stéphane Arguillière

Mercredi 2 septembre : Les pensées hébraïques avec Michaël Azoulay

Vendredi 4 septembre : Conclusion de la semaine avec Roger-Pol Droit

Enfin, Le Figaro littéraire nous a fait l’honneur  d’intégrer dans son numéro de la rentrée un compte rendu des deux volumes signé Paul-François Paoli.

Pour lui, les deux volumes sont : « un monument d’érudition mis à la disposition de ceux qui veulent y voir un peu plus clair dans les relations entre l’Orient et l’Occident ! »

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