Savoir vivre pour savoir exister
Dans Le Monde Magazine daté du 19 décembre, Jean Birnbaum consacre sa Pop’Philosophie de la semaine au dernier livre de Jacques Schlanger, Savoir être et autres savoirs, paru dans la collection Philosophie des Éditions Hermann, dont j’avais personnellement trouvé la lecture extrêmement stimulante, tant sa pensée est claire et tant son propos touche au primordial. D’ailleurs, avant que de citer l’article de Jean Birnbaum, je ne résiste pas à en donner un extrait dans lequel il explique la différence entre le plaisir et la joie : ” La joie survient en nous, elle nous envahit de l’intérieur de nous-mêmes, alors que le plaisir, que nous le poursuivions où qu’il survienne, nous vient de l’extérieur : j’ai du plaisir, je ressens de la joie. On ne peut pas se procurer la joie, elle s’empare de nous, elle apparaît pour ainsi dire d’elle-même en nous.“
« Avertissement aux amateurs du développement personnel : il ne s’agit pas d’un guide pour devenir heureux en dix leçons. D’une plume savante et sereine, Schlanger revient plutôt, ici, sur deux problèmes classiques en philosophie : Qui suis-je ? et Que sais-je ? Afin de nouer ensemble ces questionnements, il décrit quelques situations cognitives, autrement dit des moments quotidiens qui mettent en jeu nos capacités mentales et notre puissance d’apprentissage. Je sais frémir, je sais nager, je sais lire, je sais conduire, je sais enseigner, je sais rire : bien qu’extrêmement divers, assure Schlanger, ces types de savoir forment une seule et même expérience. Surtout chacun d’entre-eux se déploie à partir d’une compétence primordiale : le savoir vivre. »
Jean Birnbaum, extrait de « Savoir vivre pour exister » in Le Monde Magazine, 19 décembre 2009
Pour contacter Jacques Schlanger, écrivez-moi à l’adresse suivante : daphnee.gravelat@editions-hermann.fr
Comprendre le phénomène de la croyance collective : l’exemple du Père Noël
Ce mercredi, Gérald Bronner, sociologue, spécialiste des croyances et auteur de Vie et mort des croyances collectives paru, en 2006, dans la collection Société et Pensées qu’il dirige aux éditions Hermann, était l’invité de Raphaël Enthoven pour un Nouveau Chemin de la connaissance consacré précisément aux croyances collectives. Pour écouter l’émission, cliquez ici.
Tous deux se sont arrêtés pour donner à comprendre aux auditeurs le phénomène des croyances collectives sur un exemple qui est particulièrement d’actualité en ce mois de décembre et auquel Gérald Bronner consacre un chapitre dans son livre : celui du Père Noël.
« Il existe une croyance qui est l’objet d’une adhésion (presque) unanime et d’un rejet (tout à fait) unanime : celle qui affirme l’existence du Père Noël. Même si je ne suis pas le premier sociologue à m’intéresser à ce personnage et aux rituels qui l’entourent, il me semble que nous avons là un terreau (…) vierge pour l’étude de la dynamique des croyances. Il offre, en effet, l’avantage de présenter une croyance indiscutablement fausse et un support pour nourrir les interrogations sur le mécanisme d’abandon de la croyance (…). Pourquoi les enfants croient-ils au Père Noël ? (…) Le premier des arguments, et celui qui vient immédiatement à l’esprit, est qu’à l’âge où on leur propose cette croyance, les enfants ne sont pas en mesure de la trouver douteuse, d’autant moins que leurs parents jouent presque toujours un rôle central dans sa diffusion et qu’ils sont naturellement investis par l’enfant d’une grande crédibilité. (…) En outre les parents ne sont pas les seuls dans ce complot, puisque les autres membres de la famille , les professeurs et même les autres enfants fréquentés dans les cours d’école semblent, dans un premier temps, croire. En résumé, avec l’argument que tous ne peuvent être unanimes dans l’erreur, l’enfant est ce qu’on peut appeler un monopole cognitif, c’est-à-dire qu’aucune offre cognitive concurrentielle ne se propose encore. Il n’a donc a priori aucune raison de ne pas endosser cette croyance, d’autant qu’elle apporte la solution à un problème mystérieux : qui apporte les cadeaux le jour de Noël ? »
Gérald Bronner, « Les croyances finissent par disparaître : l’exemple du Père Noël » in Vie et mort des croyances collectives
Illustration : le Père Noël tel qu’il est représenté dans un publicité américaine des années 30
L’auteur de “L’école et son double” réagit dans “Le Figaro” à la réforme de l’enseignement de l’histoire-géographie
Nathalie Bulle, sociologue au CNRS, spécialiste des questions d’éducation et auteur de L’école et son double qui a paru en février dernier, dans la collection Société et Pensées que dirige Gérard Bronner aux éditions Hermann, a réagi ce lundi dans Le Figaro à la réforme de l’enseignement de l’histoire-géographie.
« Faire de l’histoire-géographie une option en terminale S, par la réforme du lycée, met en péril la conscience civique et l’esprit critique de ceux qui auront eu tort d’aimer les sciences ou d’espérer à travers elles un avenir plus sûr. (…)
Depuis plusieurs décennies déjà, la qualité des formations intellectuelles et culturelles des élèves français n’est plus un enjeu pour les politiques éducatives. (…) Nos enfants apprendront à bien se tenir et à effectuer des recherches sur Google, mais n’auront plus les moyens de comprendre une théorie scientifique. Ces croyances sont commodes pour les politiques, car elles donnent l’illusion de la démocratie. Les compétences semblent dépasser les frontières culturelles, être universelles. Elles sont instrumentales, passent pour socialement utiles. (…) Acquises par la pratique et l’expérience, elles légitiment les soustractions des horaires des disciplines. Ainsi s’est installé en France un anti-intellectualisme éducatif particulièrement dangereux. »
Nathalie Bulle, « Histoire-géographie : un pas vers la barbarie ? » in Le Figaro, 14 décembre 2009
Qu’est-ce qu’être français ? Le livre et le débat public
« Ça fait plusieurs mois, voire plusieurs années, que l’Institut Montaigne prépare cette rencontre. L’illustration, vous l’avez à côté de vous, c’est ce livre, Qu’est-ce qu’être français ?, qui est un recueil de témoignages. On parle beaucoup d’identité nationale depuis quelques semaines. Et, j’ai cru comprendre que l’Institut Montaigne préfère parler d’identités de la France, qui est une formule moins réductrice et qui laisse place à la diversité. L’identité, c’est un mot puissant. C’est un très beau mot. Mais, c’est aussi un mot plein de menaces. On est là pour en discuter toute la matinée… »
Prix de l’Évolution psychiatrique décerné à Jean-Louis Feys pour son livre “L’anthropologie de Jacques Schotte. Une introduction”
Ce samedi 5 décembre, à la librairie Lipsy, sise au 15 de la rue Monge dans le Ve arrondissement à Paris, sera remis le Prix de l’Évolution psychiatrique à Jean-Louis Feys pour son livre paru dans la collection Psychanalyse des Éditions Hermann que codirige Élisabeth Naneix : L’anthropologie de Jacques Schotte. Une introduction.
Le document de communication du Prix daté du 11 novembre précisait :
« Le jury a voté à l’unanimité pour le livre de Jean-Louis Feys. Il est rare de pouvoir dire d’un livre qu’il manquait. Or c’est un fait, Jean-Louis Feys répare une injustice liée à la personnalité du regretté Jacques Schotte, liée à la modestie et à la discrétion de celui qui s’est centré sur l’enregistrement oral, et qui a peu écrit. Jean-Louis Feys, son élève, s’est mis à son service pour offrir une extraordinaire synthèse de la pensée de Schotte, permettant désormais à tout un chacun de le lire grâce à l’écriture fidèle de celui qui l’a tant, et si bien écouté… »
Prix Bourgogne Littérature 2009 pour “Le Nil est froid” de Guillaume de Sardes
Guillaume de Sardes a reçu cet après-midi le Prix Bourgogne Littérature 2009 pour son roman Le Nil est froid publié en septembre 2009 aux édition Hermann.
Pour en savoir plus sur le livre, vous pouvez consulter la page qui lui est consacré sur le blog en cliquant ici.
Guillaume de Sardes sera, par ailleurs, au Salon européen du Livre de Dijon tout le week-end pour dédicacer son livre et rencontrer ses lecteurs. Nous vous y espérons nombreux.
Une histoire de mouche
« J’ai l’impression que cet après-midi nous avons enculé les mouches ». Cette phrase entendue par Jean Birnbaum au Forum Le Monde-Le Mans le 14 novembre lui a donné l’idée du thème de sa Pop’ Philosophie de la semaine (Le Monde Magazine, 21 novembre 2009) : Hegel et son Qui pense abstrait ? publié dans la collection Philosophie des Éditions Hermann en 2007. Pour mémoire, rappelons que l’ouvrage proposait une traduction inédite en français du texte par Ari Simhon ainsi qu’un commentaire intitulé Hegel sans secret écrit également par Ari Simhon.
L’hypothèse de Jean Birnbaum est la suivante : l’auteur de la petite phrase, le mécontent, se révoltait contre les débats de l’après-midi qui privilégiaient la pensée abstraite plutôt que la véritable pensée, s’inscrivant de facto dans le sillage de Hegel et de son essai, Qui pense abstrait ? :
« Publié vers 1807, ce bref texte raille les individus qui fuient la pensée “comme on détale devant un pestiféré”. Promenant son lecteur à travers une galerie de personnages (l’assassin à l’échafaud, la marchande d’oeufs, le bourgmestre…), il met en scène l’idée selon laquelle la pensée abstraite n’est pas celle qu’on croit. Dans la version allemande, cette pensée est curieusement désignée par le terme “espèce”, en français dans le texte. Ici péjoratif, le mot renvoie à un moment naturel qu’il faut dépasser pour accéder à l’esprit universel. Contre l’intuition immédiate et le discours spontané, qui n’accèdent qu’à une seule dimension des choses, la vraie pensée concrète relève d’une réflexion en mouvement, apte à tenir l’ensemble des contradictions du réel. Pour le maître de la dialectique, donc, tandis que le préjugé commun se révèle abstrait, voire entaché d’un “maniérisme vide”, rien n’est plus concret que le concept. »
Jean Birnbaum, « Hegel prend la mouche », Le Monde Magazine, 21 novembre 09
2012 : l’apocalypse ?
Le magazine Sciences et Avenir, dans son dernier numéro, consacre un dossier à la fin du monde.
S’appuyant sur la fin du calendrier maya, des auteurs, réalisateurs et une myriade de sites ont, en effet, prédit la disparition de l’humanité au moment du solstice d’hiver 2012 à la suite d’une succession de catastrophes naturelles.
David Larousserie a demandé à Wiktor Stoczkowski, chercheur au Laboratoire d’Anthropologie sociale de l’EHESS et auteur l’année dernière de l’ouvrage : Anthropologies rédemptrices. Le monde selon Lévi-Strauss, ce qu’il pensait de ces rumeurs apocalyptiques :
« Les rumeurs sur 2012 me semblent émaner d’une sous-culture occultiste. Elle prend ses racines au XVIIIe siècle, dans certains cercles illuministes, théosophiques et maçonniques, se retrouve ensuite chez les spirites du XIXe siècle et, de nos jours, chez les chasseurs d’extraterrestres. Elle est souvent très hostile à la science, même si elle propose une vision du monde qui est censée opérer une synthèse entre science et religion. Du coup, les arguments scientifiques ont peu de chances de convaincre ceux qui récusent toute autorité de la science. (…) Ces rumeurs sur 2012 sont ceux-ci de particulier qu’elles sont à la fois archaïques et modernes. Archaïques, car elles empruntent à un imaginaire apocalyptique très ancien, hérité de la tradition judéo-chrétienne. Modernes, car elles se servent des nouvelles technologies, comme Internet, pour se diffuser massivement. Elles appartiennent indéniablement à notre époque, car elles coïncident avec un discours, devenu récurrent au XXe siècle, qui décrit nos sociétés comme souffrant perpétuellement d’une crise. En fait, les sociétés contemporaines se transforment sans cesse, à grande vitesse, et nous manquons de repères. La crise est censée expliquer tout. Durant la dernière élection présidentielle en France, la plupart des candidats prônaient un changement radical de tous les domaines de la vie collective. Pourtant, aucune période historique, même lors de grandes révolutions, n’a connu des changements vraiment fondamentaux qui aient pu remodeler immédiatement la société de fond en comble. Que dire de la possibilité de «changer entièrement le monde», comme l’annonçait l’un des candidats, en l’espace des cinq années du mandat présidentiel ! Les structures sociales ont la vie dure. Il arrive aux politiques, aux occultistes ou aux experts scientifiques d’employer la même rhétorique eschatologique, même si les arguments auxquels ils recourent sont différents. Plutôt que de tenir des discours prônant une réforme rédemptrice, nous ferions mieux d’essayer de comprendre les sociétés dans lesquelles le changement permanent est voué à devenir le mode normal d’existence. »
Wiktor Stoczkowki, extrait de l’entretien qu’il a accordé à Sciences et Avenir
Pour lire l’entretien en entier, cliquez ici.
M. Stoczkowski a été, par ailleurs, l’invité de l’émission de Michel Alberganti sur France Culture, Science publique, pour répondre à la question : Comment les rumeurs de fin du monde exploitent-elles la science ?
Pour écouter l’émission, cliquez ici.
Pensées sur la scène primitive, “un essai d’une grande pertinence” selon Patrick Kéchichian
Dans l’édition de La Croix du 29 octobre, Patrick Kéchichian signe un article sur « deux livres de et sur le poète [Yves Bonnefoy] [qui] invitent [à l'en croire] à un voyage à travers le “tumulte de l’inconscient” jusqu’aux sources vives de la création».
Le premier de ces livres est l’ouvrage que publie Bonnefoy aux Éditions Galilée : Deux scènes et notes conjointes.
Le second est l’essai sur le poète que Patrick Née a fait paraître dans la collection Savoir Lettres desÉditions Hermann et pour lequel Alain Veinstein l’avait reçu dans Du jour au lendemain, sur France Culture, le 29 septembre dernier: Pensées sur la scène primitive. Yves Bonnefoy, lecteur de Jarry et de Lély.
À propos de celui-ci, Patrick Kéchichian écrit : « Dans un essai d’une grande pertinence, Patrick Née, l’un des meilleurs connaisseurs de l’œuvre d’Yves Bonnefoy, après avoir analysé l’influence, forte mais discrète, qu’exercèrent sur lui Alfred Jarry et Gilbert Lély, explique la “profondeur d’intuition” que l’écrivain manifeste dans ce dernier livre. »
Pour lire l’article, cliquez ici.
Pour consulter le communiqué de presse de l’ouvrage, cliquez ici.
Contact presse : Daphnée Gravelat – daphnee.gravelat@editions-hermann.fr
Une douloureuse actualité
Comme le fait remarquer François d’Orcival, dans un article paru dans l’édition de Valeurs actuelles datée du 22 octobre, les Éditions Hermann ont eu l’idée de rééditer le livre de Jean Baechler sur les suicides sans savoir que la crise de France Télécom ramènerait le sujet au-devant des débats d’opinion. L’ouvrage de Jean Baechler est donc aujourd’hui plus que jamais d’une douloureuse actualité.
La presse en parle :
Alain-Gérard Slama, “Coeur dur, tripe sensible” in Le Figaro Magazine, 19 septembre 2009
François d’Orcival, “Le choix de valeurs” in Valeurs actuelles, 22 octobre 2009
